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Vendredi 21 décembre 2007
Jonathan Strange & Mr Norell

Auteur : Susanna Clarke
Editeur : Robert Laffont
Pagination : 843 pages.

L'Histoire :
Mr. Norrell, après avoir passé la majeure partie de sa vie retiré du monde, décide de redonner à la magie anglaise ses lettres de noblesse. Il aide donc le gouvernement britannique dans la guerre contre la France. Il croit être le seul magicien praticien d'Angletterre, mais arrive un nouveau venu, Jonathan Strange. Au début, ce dernier devient l'élève de Mr.Norrell, mais rapidement il développe ses propres idées sur la magie et sur la manière de la pratiquer, il met donc fin à sa collaboration avec Mr. Norrell.


Mon avis : une sensation mitigée.
On trouve à la lecture de ce roman un style d'écriture soigné, c'est écrit avec une ironie et un flegme tout-à-fait britannique, et très typique du 19ème siècle. On a le sentiment que l'auteur baigne dedans, qu'elle respecte les usages et l'étiquette comme si elle était elle-même l'un des protagonistes (par exemple, en introduisant un personnage encore inconnu elle va l'appeller "le gentleman", ce qui à force de répétition donne cet aspect très "guindé" à la lecture. On a l'impression que la rigueur de l'étiquette s'est échappée du livre pour déteindre sur nous). C'est plutôt intéressant et c'est ce qui m'a plu dans ce livre : cette distance glacée et cette indifférence à tout les évènements, oh so british, qui donne l'impression de porter des gants. Le tout avec foisonnement de détails et descriptions méticuleuses des choses les plus incongrues, ce qui donne au final un décalage dans le ton entre la "gravité" de la situation et les réactions "cela est fâcheux" qui en découlent. C'est absolument fascinant pour un peu qu'on soit sensible à cette période historique! Un exemple?

"Il ouvrit le coffret et montra à Stephen un petit doigt blanc.
Ceci parut d'abord un brin inhabituel à Stephen, toutefois sa surprise s'évanouit en un instant ; si on l'avait alors questionné à ce sujet, il eut répondu que les gentlemen transportaient souvent sur eux des coffrets contenant des doigts et que ce n'était là qu'un exemple parmis tant d'autres."

Cela dit.
Dans son ensemble, j'ai trouvé le livre d'un ennui profond. L'histoire décolle à la page 596, ce qui vous l'admettrez, est plutôt longuet.
L'auteure semble déborder d'idées, d'envies, des personnages, elle fait sans cesse référence à tes tas d'anecdotes sous forme de notes en bas de pages, comme si l'univers qu'elle essaie de mettre en place était trop riche pour tenir dans un seul livre et fait sans arrêt des parenthèses. Par ailleurs, je crois que dans son désir d'écrire un roman pour adultes, telle une référence historique respectueuse des usages et de la chronologie, elle fait référence à de nombreux éléments qui noient le profane sous un flot d'informations indigestes, sans se donner la peine de leur fournir des explications (par exemple le fameux Roi Corbeau dont il est question à toutes les pages, est-ce que quelqu'un a compris s'il correspond à une quelconque réalité historique et à quel siècle?). Du coup pour ne pas avoir l'air d'imbéciles on se dit qu'on a du rater un élément important expliquant ceci ou cela, mais au final on se retrouve avec 1000 questions non résolues et autant de points obscurs qu'au départ, si ce n'est plus.
J'imagine que dans son désir d'en faire une saga, on trouvera les réponses aux questions dans les romans suivants, mais je vous avoue direct que je n'aurai pas le courage de les lire.
L'intrigue est finalement un prétexte à un flot de 800 pages de théorie sur la société anglaise au 19ème siècle et propose une théorie sur les réalités magiques de l'époque (j'entends par là : elle a inventé une magie, et toute la théorie, Histoire, chronologie et références qui vont avec, sur fond de chronologie anglaise), mais dans l'absolu il ne se passe rien.

Contrepartie du flegme britannique sus-mentionné qui m'a fait sourire : impossible de s'attacher à qui que ce soit. Tous les évènements et personnages se déroulent dans une parfaite indifférence. Tel personnage meurt en l'espace de 2 pages et ça nous laisse de glace. "comme c'est fâcheux" résume bien l'ensemble des sentiments qu'on éprouve à la lecture des moments les plus dramatiques du roman. Tout passe à travers un filtre d'indifférence, les personnages défilent, avec toujours masse de détails et d'anecdotes qui promettent le meilleur (par exemple la relation épicière-stephen) et disparaissent dans le néant de l'anecdote, comme tout le reste.

J'irai voir le film, parce qu'en film on est obligés de tenir le spectacteur en haleine et de raconter autre chose qu'une liste de références bibliographiques magiques. Je pense qu'au cinéma, il demeurera l'esthétique guindée anglaise, l'ambiance sombre et quelques personnages bien sentis, que je me ferai un plaisir de retrouver.

Au final, ce livre est TROP LONG, trop lent et il ne se passe rien.
Grosse grosse déception.
Par Emilie - Publié dans : Le reste
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